Treize heures

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accoucher en plein confinement, c'est la chose que jamais je n'aurais pensé faire. et pourtant, je l'ai fait le 15 avril dernier. ce fut un peu particulier en pleine crise sanitaire. des semaines en avance, je regarde les recommandations et ce que ma maternité pratique. le 6 avril lors de mon rendez-vous, on me confirme que c'est susceptible de changer. j'ai envie de pleurer. pourtant, cela fait plusieurs semaines déjà que je me fais à l'idée de vivre cet accouchement seule. ce qui me motive davantage pour le faire en voie basse. la gynécologue est confiante. mon col est court et la tête bien en bas, je ne sais pas trop ce que cela veut dire alors je regarde sur internet. je m'active beaucoup plus comme pour la veille de lily prune, je veux préparer le nid (alors que nous n'avons toujours le lit qui doit arriver le 15 avril). et puis samedi matin, le bouchon muqueux s'en va. cela se fait sur plusieurs jours. je ne sais pas trop ce que cela signifie mais on sait que l'échéance se rapproche et les choses qu'il naisse en mai comme prévu sont réduites. je déguste un faux travail de quelques heures en début de nuit. puis le 14 avril, on me confirme qu'il est en bonne position de sortie grâce à une échographie, je trouve la maternité tellement triste. je suis seule dans la salle d'attente. l'après-midi, ma gynécologue m'appelle pour me confirmer que je suis autorisée pour la voie basse et je lui dis bien que je ne souhaite aucunement une césarienne. elle en rigole et me rassure que non il viendra en voie basse. néanmoins avec une première césarienne, je n'aurais aucun déclenchement. et là j'avoue que j'ai peur que mon corps ne m'aide pas. bref, je suis heureuse. nous avons déjà mis tous les sacs dans l'entrée ne sait-on jamais. on lui disait aussi, c'est bon tu n'es plus préma tu sors quand tu veux ou alors tu attends ton terme pour fêter la fin du confinement.

le 14 avril, nous décidons de redonner un rythme à lily prune qui se couche vraiment tard. elle l'accepte mais demande énormément de câlins. tsuri me fixe. et nous finissons par regarder sex education en amoureux. cela fait tellement longtemps que nous n'avons pas pris une soirée à deux. cependant, on sait qu'il se passera quelque chose. je finis par même le dire alors que je contracte vraiment de façon aléatoire et sans douleur comme les dernières semaines. et là aux toilettes, je sens une sensation que je connais. j'appelle l'amoureux et je lui dis que je perds les eaux. il est 23h30. je suis entre la joie et la peur. parce que oui il faut gérer lily prune et en cette période, nous avons dû revoir tous nos plans. notre voisine avait accepté quelques semaines plus tôt de venir, j'en avais pleuré. on s'apprête et évidemment je suis trempée. j'en rigole. et nous partons à pieds sans penser à faire des attestations. vingt minutes plus tard, nous arrivons. l'amoureux ne peut rentrer. on l'autorise à aller jusqu'aux machines à café donc près de la porte. la sf vient vite et je pleure d'entrer seule. je n'ai évidemment plus de batterie sur mon portable. mes parents sont prévenus. et on me confirme bien que c'est les eaux. je suis hospitalisée en chambre seule (période covid merci). l'amoureux rentre. et évidemment, cela finit par se gâter. le col commence à s'ouvrir mais très légèrement et j'ai de plus en plus mal. cela dure toute la nuit. je n'en dors pas ou presque. j'ai dû mal à gérer et je suis seule. les traitements médicamenteux ne soulagent rien. on me conseille de prendre une douche mais je n'ai que le sac de naissance donc aucune serviette. je marche, j'ai mal, je subis,... je finis même par vomir à un moment donné. et au petit matin, on m'annonce que je n'ai gagné qu'un centimètre. là je me dis que cela va être encore long. je mange à peine le petit déj. ma gynéco toute heureuse vient me voir, je trouve cela tellement touchant. et vers 11h10, je décide que j'en ai marre d'avoir aussi mal. je suis à 3 cm, j'appelle l'amoureux à 11h20 précise pour qu'il vienne. on va en salle d'accouchement. la douleur est de plus en plus intense. je n'arrive pratiquement pas à gérer la douleur (je note que je n'ai fait aucune préparation). 


les sf sont toutes des amours. on attend l'anesthésiste que j'ai de plus en plus mal... de plus elle est longue à arriver. je me dis même mais c'est mort, je ne l'aurai jamais. puis, elle arrive. elle veut que je me mette dans une position qui me fait souffrir mais au fur et à mesure, j'y arrive. les contractions sont de plus en plus douloureuses (oui je pense qu'on peut faire plus). cela me soulage un peu. je sais que l'amoureux est tout prêt. le temps me parait long. la péri est posée. 
je suis à 7-8 avec une tension énorme. je souffre toujours autant. j'appuie sans cesse sur la manette de la péri que je ne lâcherai plus. l'amoureux me dit que je ne peux plus avoir de doses pendant quarante minutes. je commence à pousser mais c'est trop tôt. puis finalement, on y va. je n'y arrive pas, je ne comprends pas évidemment comment être efficace. je souffre toujours même si c'est plus court comme douleur. les sf m'expliquent vraiment comment pousser et je m'y applique. on m'injecte des produits en plus pour me soulager. je sens chaque chose. en vingt minutes, il sort. il est posé directement sur moi, ses pleurs se stoppent net et l'amoureux coupe le cordon. je suis épuisée mais heureuse. j'apprends que je n'ai pas d'épisio ni de déchirure, tout ce que je voulais. j'aurai quelques points finalement, je souffre tellement avec les gants en latex. la sf s'excuse à la fin, elle a omis mon allergie. je lui dis que ce n'est pas grave. l'erreur est humaine. 

à partir de là, je me déconnecte de tout. je regarde. je fatigue. je parle plus soulagée. je me rends compte de l'exploit que j'ai fait. j'ai réussi mon accouchement sans préparation comme je voulais. et j'avais dit à tout le monde qu'il arriverait vite, après toute cette grossesse c'est le cadeau qu'il pouvait me faire. il l'a accompli. après tous les soins, nous restons à trois. on laisse plus que deux heures l'amoureux car il n'y a pas d'autres accouchements. il tète super bien. je me sens bien. je suis apaisée et heureuse. 

et vers 16h30, nous remontons à deux dans notre chambre. je suis triste de remonter seule. j'ai pleuré un peu. deux heures après, j'étais debout et j'ai commencé à décompter les jours qui me séparait de a famille. il y a eu tous les skype avec la famille. la vidéo avec lily prune où elle a rencontré son frère virtuellement, ce n'est pas la rencontre que j'avais imaginé. elle fut tout de même magique avec ses yeux illuminés. puis il y a eu tout le personnel médical pour vérifier que tout allait bien. 
la première nuit fut étonnamment reposante. le séjour s'est bien passé. toute l'équipe a été au petit soin. la solitude n'a pas été trop pesante, merci la technologie. 


sowen, 15 avril 2020 à 13h21, 3 kg 12 et 48 cm

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